57 / Amougies Festival 1969 : Soft Machine live
57/ Amougies Festival
1969 : Soft Machine live
Pendant ce set, Soft Machine a eu le temps de s’installer sur la scène conjointe :
—“Moon in June“ : Ici, Robert Wyatt chante la vie libre et facile dans l'État de New York bien qu'il ait le mal du pays et qu'il lui manque les arbres et la pluie de la vieille Angleterre. C'était peut-être une excuse pour sa femme et son fils de deux ans resté à la maison pendant que lui était dans l’état de New York et s'était bien amusé de l'autre côté de l'Atlantique, énumère Marc en catimini.
— Thème initial mais il y a d’autres version comme celle à la BBC qui ressemble à un assemblage d’extraits d’autres chansons comme la reprise du 2ème verset d’ « All Along The Watchtower » de Dylan / Hendrix au verset 4 : « Pop stars drink each other’s wine… » ou d’anciennes chansons du S.M. tel « You Don’t Remenber » couplet « Now, I love yours eyes… » et d’improvisations sur la vie en cours dans le studio BBC dont il se moque et(de) la vie passée. Ce schème de collage donne des indications sur la composition où plusieurs mélodies ou riffs ou plans de basse vont s’enchaîner sur des changements de rythme 4/4, 2/4, 4/4, 5/4, 6/4 voire 3/4,…, complète Fred.
— Absolument, ils explorent à fond la gamme Mi 7 comme les musikos de jazz – ça demande de la connaître par cœur comme disait Charlie Mingus. R. Wyatt chante la jolie mélodie aux accents médiévaux dans son agréable voix de fausset aigue ?
Vient ensuite “Facelift“ :
— L’originalité du morceau est la mesure asymétrique 7/4 qui sert au folklore traditionnel et par conséquent les gammes orientales entre autres. L'ouverture utilise une forme libre / avant-garde / riff basse lourd / chaotique sur l'orgue et pleine de bruits effrayants accompagnés par les cuivres qui rappellent le lifting du visage ( ?), s’interroge Fred.
— C’est un morceau composé par le bassiste qui tient le tempo jusqu’au bout bien soutenu par la batterie sinon ça partirai en musique contemporaine ou en free, ajoute Marc.
Eamonn Andrews :
— Après une intro cool, planante, souffle la fuzz au piano électrique qui n’empêche pas de repérer les motifs répétitifs à l’instar de Terry Riley, Phil Glass ou encore Steve Reich entrecoupés d’accords secs, dissonants – mesures 9/8 ou 10/8 voire en 12/8 - clé en Mi. Composition musique classique XXème siècle & éléments de jazz proche de la musique répétive par moments
— Est-ce dû à la personnalité qui donne son nom au titre qui était journaliste à la TV anglaise qui évidemment se répétait ? ironise Marc endoucedé.
Mousetrap : le batteur fracasse caisse claire, toms, en
pilonnant la grosse caisse, le bassiste fait de même sur 2 ou 3 notes, l’organiste écrase des deux mains des accords graves et aigus impliquant une cadence infernale telle une chevauchée sauvage au rythme haletant. Les cuivres envoient les soli en trombe relayant ceux du piano électrique.
Profitant des applaudissements discrets alors qu’ils enchaînent le morceau suivant, Marc plus qu’enthousiaste fait partager ses connaissances de Soft Machine.
— Wyatt n’a chanté que sur “Moon in June“ au début qui ne figure pas sur les enregistrements que j’ai, ni “Facelift“ ni les autres d’ailleurs. Espérons qu’il chante encore sur un autre titre. Les chansons psychédéliques “Exits“ ! Ils ont pris le virage Jazz-Rock. Les instruments à vent et les cuivres n’y sont pas pour rien, enrage Marc.
— Mais il me semble que ce sont des compos écrites – je veux dire des partitions écrites pour tous les musikos. Il n’y a pas place pour l’improvisation, glisse Fred.
— Absolument ! J’ai leurs deux premiers albums. Bon Daevid Allen n’a pas participé au second puisqu’il a été refoulé en Angleterre, ni Kevin Ayers parti après la tournée américaine épuisé – c’est effectivement un changement important mais dans le volume II, Wyatt avait repris le chant malgré une influence Jazz.
— Ça ne doit pas être facile de chanter en tapant sur les fûts des rythmes asymétriques. Ou alors il faut inventer une écriture expérimentale. Pourquoi pas ?
— Chanter du “Cut-Up » à la William Burroughs…
Sur ce ils attaquèrent le suivant, Marc reconnut l’intro :
— Et là c’est “Esther’s nose job“ – titre tiré d’un chapitre du roman “V“ de Thomas Pynchon, un autre écrivain…
Esther’s Nose Job est la pièce maîtresse de Ratledge – rythmes asymètriques. Cela commence par une minute de “crash“ instrumentaux cacophoniques comme une coda pour enchaîner par “Pig”, une composition au tempo rapide emmenée par la batterie et le piano, puis la basse fuzz impose le riff. Quand Wyatt glisse une courte intervention vocale, on est très proche des années psyché puis passe d’armes d’orgue et des sax sur une rythmique tumultueuse. Plus aventureux, “Orange Skin Food” est dominé par une rythmique saccadée par deux notes répétées jusqu’au bout par les vents et les cuivres au final un solo étrange, hypnotique de Ratledge couplé à celui du bassiste – musique dense et emphatique. “A Door Opens And Closes” percussion et orgue et basse martelée tel une porte qui effectivement s’ouvre ou se ferme puis les cuivres – solo romantique du clavier. “Pigling Bland“ solo de sax sur une rythmique concassée de cymbales dadaïste diront certains rehaussée de flûte. Suivi de “10.30 Returns To The Bedroom” intro cool puis accélération de la basse et de la batterie reprise par les cuivres et l’orgue. Le claviériste ne se met pas en avant pour une fois, marquant la rythmique au piano électrique.
Applaudissements reconnaissants somme toute bien nourris alors qu’en fait le concert continu – il ne s’agit que d’un genre d’interlude plus calme voire silencieux à la John Cage :
— Ils ont rajouté un thème – l’avant dernier qui ne figurait pas dans l’enregistrement, qui a le mérite de rééquilibrer la structure du morceau lui donnant plus d’éclat à mon sens, analyse Marc.
— “Hibou, Anemone and Bear“ encore un que je reconnais, ça fait pas des masses et tant mieux car dès qu’ils vont sortir un nouveau 33T, tous ces morceaux risquent d(e s)’y figurer. On repère le motif de la basse répétitive repris par l’orgue, les cuivres et les vents qui s’avère un peu comme un canevas de leur compo de base classique.
En direct (“Hibou, Anemone And Bear”) mesure 13/8, intro riff basse fuzzy répétitifs effectivement jusqu’à la fin repris par les autres instruments notamment le sax puis le clavier se lance dans un solo furieux et forge ce son d’orgue distordu qui le caractérise et deviendra de plus en plus sifflant avec le temps. Après le solo des cuivres, vient une série de brèves chantées par Wyatt qui sonnent comme des extraits de pop psychés recyclés dans un cadre de jazz d'avant-garde.
Le public applaudit poliment sans plus malgré une attitude studieuse. Beaucoup les découvrait à commencer par Fred qui en avait entendu parler dans la presse mais n’avait jamais écouté un disque en son entier.
— Moi je suis complètement profane en jazz dit-il, je pense qu’il faut en écouter beaucoup et surtout l’étudier autrement dit en jouer. Par contre, j’ai pu m’accrocher au set du Soft qui m’a déçu non pas au niveau de la composition – ça j’apprécie, mais l’absence de chant c’est-à-dire plus de mélodie, de liant…
— Il est vrai que cela m’a surpris aussi mais il se rattrape avec les vents et les cuivres néanmoins je crois que si Wyatt s’en va – car c’est l’organiste qui a la mainmise sur beaucoup de compo ; le groupe s’écroule. Ceci dit, dès qu’il sorte un disque je saute dessus !
— Fais des économies parce que si c’est un double – c’est pas donné !
— T’as raison car avec ce qu’on a entendu, il y a de quoi faire 2h mini même si là ils ont fait plus court. À 30 min par face, ça fait un double. Exact !
— Oui, un peu plus d’une heure, dit-il en regardant sa montre.
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