59 / Amougies Festival1969: Ca sent la fin!
59/ Amougies Festival
1969 : Ça sent la fin !
Sur ce ils s’effacèrent dans leurs duvets puis s’assoupirent au pays de slumberland sur ce set puis sur le quartet de Robin Kenyatta.
Ils se réveillèrent sur Steve Lacy et son combo, de peur de rater quelquechose qui s’activent sur l’autre scène dont Irene Aebi au violoncelle qui place des parties vocales qu’on pourrait décrire comme du jazz expérimental, se mirent en place puis attaquèrent.
— Là je décroche, confie Marc en écoutant les premières mesures de Steve Lacy qui font un peu opéra jazz. Pourtant j’apprécie le Soft qui dérive sur le jazz mais là c’est trop contemporain issu de la chaîne du classique comme la musique ainsi nommée.
Annoncée par le speaker « Musica Ellettronica Viva » comme Music “New Thing » !
— Là pour finir ils n’ont pas trouvé mieux que de la musique contemporaine voire expérimentale à 8h du matin dans une journée inconnue de fin d’espace où on a entrevu un monde différent voir nouveau !
— Avec le froid, l’humidité et la fatigue c’est vraiment la queue de poisson.
— Mais on va garder nos a priori épuisés surtout dus à un manque de sommeil pour écouter. Ils disent “vouloir faire une musique révolutionnaire entre les mains du peuple“. Alors écoutons au chaud dans nos duvets leur Révolution qui s’appelle pour commencer “Spacecraft ou Vaisseau Spatial“.
— T’as remarqué que la plupart des spectateurs sont partis. On aurait pu le faire également mais soyons un peu découvreur & aventurier de nouveauté puisqu’ils parlent de “New Thing“.
— Au début le “Vaisseau Spatial“ est encore à l’usine dans la fabrication et au montage des pièces ou je rêve ! s’indigne Marc.
— Après un décollage laborieux proche d’une salle de cafétéria, ils naviguent comme dans un film de science-fiction bon-marché, surenchérit Fred.
— Ça fait un peu basse cour quand même !
— C’est vrai ! On se croit pas trop dans une navette spatiale.
— Il y’a un peu des loups d’appartement et des chanteurs de fin de repas par-ci par là, se moque Marc.
— Ça vocalise en crypté normal quand on est dans un vaisseau spatial ou sur un terrain de football en banlieue avec les percus de sortie, ironise Fred.
— Apparemment dans le “vaisseau“ ils font les tâches ménagères et dialoguent sur les tenants et les aboutissants.
— Un astéroïde vient de passer et les spationautes applaudissent.
Applaudissements !
— Les critiques et les moqueries aident à faire passer les morceaux car c’est hyper angoissant et déstabilisant surtout à cause de la longueur des titres.
— Deuxième morceau “Friday“ : Là on est dans une gare de triage et à proximité d’un port maritime où l’on entend les cornes de brume.
— On entend des voix au loin comme dans une gare où les gens en attente, commentent leur voyage ou les horaires des trains.
— Exact ! On dirait également des mères de famille qui s’expliquent avec des enfants criards parce que fatiguées et désorientées.
— Par moment ça fait un peu bruits de bureaux.
— Ou un peu téléscripteurs en morse !
— Il y a pas mal de blancs et d’accalmies sonores qui appellent à une “musique“ planante ou satellitaire.
— C’est vrai ! Ça fait un peu zen !
— Gong zen !
— Troisième morceau “The Sound Pool“, ils sont très didactiques avec sirènes humaines d’accompagnement en intro qui fait un peu beaucoup ambulances New Yorkaises.
— A ce titre, ils ont annoncé “apporter vos sons et jeter les dans la piscine“ autrement dit ils demandent aux gens de venir sur la scène pour jouer leur musique encadrés par des musicos pros qui devront cadrés tous les délires.
— Par contre à la différence des deux autres c’est la rythmique très rock.
— Ça ressemble effectivement à une coda rock n’ roll sans fin avec les percussions à la batterie saccadées qui bat à un rythme infernal, les guitares super saturées et les solos d’aigus à n’en plus finir agrémentés de cris.
— Le sax s’en donne à cœur joie !
— On les laisse terminer comme ils veulent. Il s’agit tout de même d’improvisations.
Les derniers dormeurs sortent des sacs de couchage voir de dessous une tente car il y en avait au moins une. Les yeux bouffis. La plupart des spectateurs sont debout sonnés, hébétés que ce soit la fin. Personne ne songe à partir. Un groupe se forme au pied de la scène et refont les concerts. Fred & Marc en font partie. Comme dans les hall ou dans la cours des facs, l’attroupement s’agrège autour d’un leader qui déclame son speech souvent théorico-politique et les autres parfois le relance pour essayer de lui prendre la parole. Ici ces joutes verbales ne s’éternisent point car le sujet est la musique et non la politisation que certains ont tentée depuis le début du festival d’installer.
Ils déambulent sur l’herbe rabougrie le long de la bâche du soleil levant au milieu des déchets et du public encore assis sur des couvertures ou des duvets portant des pulls en laine fait main à col roulé car il fait froid d’autant que le chauffage de la tente est maintenant coupé pour vider les derniers fans qui traînent.
A contre-jour Fred arpente, – sous l’œil d’un photographe pro (appareil sur l’estomac prêt à shooter) dégarni en partie arborant son gilet en laine ocre aux manches orange, sanglé de brassards noirs coupé d’un liseré blanc, les mains dans les poches d’un jean’s en basketts, supportant son sac à dos « vieux campeur » coiffé de son bonnet en laine et son vieil anorak, avec des étonnantes basket blanches dans cette vieille poubelle comme un vieux beatnick les ayant trouvées à sa mesure, – la tente de long en large chose qu’il n’avait pas pu faire car les sacs de couchages étaient collés les uns contre les autres en dehors de quelques uns ou unes comme Marc le messager volant, Hermès ou Mercure qui jonglait sur les coins des duvets pour éviter de piétiner les corps et les pieds.
Il y avait des bus qui attendaient les festivaliers pour les emmener à la gare. Les traits tirés, encore abasourdis par les sons, les projos, les images… ils ne cherchèrent même pas à faire du stop, ils montèrent en silence. Ils ne se parlèrent pas ; la fête était finie. Ils redevenaient des “étrangers“ qui allaient retrouver leurs occupations chacun/es de leurs côtés.
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