60/ Montparnasse Janvier 1970

 

60/ Montparnasse Janvier 1970

En ce début de l’année 1970, les choses ne sont plus du tout pareilles. Au bureau, ils lui font tous la gueule parce qu’il a été dans un festival de pop music annoncé, décrié et vilipendé par France-Soir comme toxique c’est-à-dire : – tous drogués. Il est devenu le pestiféré même ses « ami(e)s gardent leurs distances devant la matrone en cheffe et sa « secrétaire », des acariâtres finies, vieillies sans mômes. Déjà les cours de droit et les examens qu’il réussit à la fac n’étaient pas très bien accueilli c’est le moins que l’on pouvait dire alors là France-Soir qui a déliré tous les jours sur Amougies, c’est trop.  

Il n’en a que faire :

— Si elles veulent la guerre ; elles l’auront et après je me tire ! déclare à ceux, celles qui veulent l’entendre.

Et puis le Golf Drouot pour décompresser ;

“ J’étais chauffeur de taxi, j’ai entendu la sirène, je me suis garé et suis parti dans un rêve… les trois filles criaient « la côte ouest s’écroule, je vois des rochers dans le ciel » puis « j’étais une femme, je t’ai emmené faire un tour, je t’ai laissé piloter mon avion, cela semblait te faire du bien, car tu as le genre de type qui aime ce qu’il raconte »  et « j’étais endormi, avec une couverture sur moi. Je suis resté un bon moment, jusqu’à ce qu’ils s’aperçoivent que j’étais mort. Le coroner fût sympa, je l’aimais bien. Si je n’avais pas été une femme, je crois bien qu’ils ne m’auraient jamais attrapée. Ils me rendirent ma maison, ma voiture et tout fût dit ». D’après Neil Young “The last trip to Tulsa“¨.

Fred avait fini ses portraits au fusain de son amie suédoise et de lui-même moyennement réussi par contre celui de Beckett pompé sur une photo parue dans Les Lettres Françaises et celui de Léo Ferré le satisfaisait

D’autre part, il s’était fait un rallye sur les poches de Roger Vailland, ceux d’Apollinaire et d’Artaud…

A la terrasse d’un bar en bois aux portes sculptées rue Delambre, Fred avec sa femme se raconte à des plus jeunes qui se réclament les nouveaux propriétaires associés tous issues du milieu du spectacle ou du cinéma, sa vie dans ce quartier dans les années 60-70.

— Où logez-vous ?

— Là à côté, à l’hôtel la villa Modigliani.

— Vous venez souvent ?

— Une fois tous les deux trois ans.

— Qu’est-ce que je vous sers ?

— Une bière belge ?

— Affligem, Leffe, Grimbergen ?… 

— On va commencer par une Leffe, si vous le voulez bien. et toi Virgin’ qu’est-ce que tu prends ?

— Un cocktail féminin avec peu d’alcool !

— ???

L’entendant parler les voisins de la table d’à côté noue l’échange :

— Vous connaissez le quartier ?

— Oui ! J’ai vécu au-dessus à l’hôtel dans une petite rue qui donne sur la rue Raymond Losserand et comme j’étais à fac de droit plus bas je passais tous les soirs par ici.

— Nous sommes les nouveaux propriétaires, ici était le lieu de Marguerite Duras ou de Samuel Beckett et bien sur d’Orson Welles.

— Beckett, je l’ai croisé plusieurs fois rue de la Gaîté. Il marchait avec ses grandes jambes et ses pantalons étroits sur le trottoir de Bobino et ses bras rythmaient la cadence avec la moumoute de cheveux gris bien dégagés au-dessus des oreilles et coupés au cordeau supportant son visage émacié tout en rides comme un tampon irlandais qui filait à son appart bd St jacques, je l’ai appris bien plus tard qu’il habitait là-bas. Je pense qu’il passait par là pour rencontrer des artistes qui passaient à Bobino où la cantine entre guillemets se situait en face et s’appelait « La Belle Polonaise »…

 

  Hey Joe ! T’as qu’à (pas) traîner comme ça ! (dire straits) fredonne-t-il.

Alors il plaque tout. Donne son congé à tout le monde puis met la moitié de ses affaires sur le trottoir et l’autre chez son copain du bureau ; le seul à ne pas le lâcher complètement – du moment qu’il se tire.

 

 Porte d’Orléans avec son carton pour Lyon, son sac marin et sa guitare il fait du stop.

Puis il rencontre le Vide contrairement au bouquin de Jack Kerouac « Sur la Route » qui rencontre de milliers de personnes plus intéressantes les unes que les autres. Là c’est le macadam et les bas côtés où l’herbe ne veut plus repousser. Il aurait dû reprendre un tour     avec les auberges de jeunesse comme il l’avait fait en Europe du nord pour aller en Suède. Au moins le soir il rencontrait un peu de personnes. Comme l’a dit un chanteur dix ans après quand t’es dans le désert et que tu commences à voir des mirages faut mieux faire demi-tour sauf qu’il n’y a pas de retour possible

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